Tiques en Ardenne : comment profiter de nos balades sans risque
Prévenir, repérer et bien réagir face aux tiques en Gaume et en Ardenne
Nos forêts de Gaume et d'Ardenne sont parmi les plus belles de Belgique. Sentiers ombragés, sous-bois odorants, petits ruisseaux qui serpentent entre les fougères : difficile de résister à l'appel d'une balade dès que le soleil pointe. Mais ces mêmes sous-bois abritent aussi un petit habitant discret, presque invisible, qui mérite qu'on s'y attarde un instant avant d'enfiler ses chaussures de marche : la tique.
Pas question de vous faire peur ni de vous priver de vos sorties préférées. L'idée, c'est simplement d'adopter quelques gestes simples pour profiter pleinement de la nature, en toute tranquillité.
La tique, qui est-elle vraiment ?
Contrairement à une idée reçue, ce n'est pas un insecte mais un petit acarien, cousin éloigné de l'araignée. Elle devient active dès que la température dépasse 7°C, ce qui explique pourquoi on en parle dès le printemps et jusqu'à l'automne. Elle se tient à l'affût dans les hautes herbes, les fourrés ou les feuilles mortes, et s'accroche au passage d'un humain ou d'un animal pour se nourrir de sang.
La bonne nouvelle : en Belgique, une partie seulement des tiques (les estimations varient selon les sources et les régions, généralement entre 10 et 14 %) est porteuse de la bactérie responsable de la maladie de Lyme. Autrement dit, la grande majorité des morsures restent sans conséquence — mais la vigilance reste de mise.
La maladie de Lyme, en deux mots
On en parle beaucoup, mais que sait-on vraiment ? La maladie de Lyme (ou borréliose) est une infection causée par une bactérie du genre Borrelia, transmise par la piqûre d'une tique infectée. Toutes les piqûres ne sont pas contaminantes, et toutes les tiques infectées ne transmettent pas systématiquement la bactérie : le risque réel reste donc limité, mais il existe.
Le signe le plus caractéristique est une rougeur qui s'étend progressivement autour du point de piqûre, en forme d'anneau (érythème migrant), apparaissant généralement entre 3 et 30 jours après la morsure. Elle peut s'accompagner de symptômes pseudo-grippaux : fatigue, fièvre légère, douleurs musculaires ou articulaires.
Diagnostiquée à temps, la maladie de Lyme se traite très bien par antibiotiques. C'est pour cela que la surveillance de la zone de piqûre, pendant plusieurs semaines, est une étape qu'on ne doit jamais sauter.
Faut-il faire une prise de sang ? En présence d'un érythème migrant typique, le diagnostic est avant tout clinique : pas besoin d'attendre une analyse sanguine, le médecin peut démarrer le traitement directement. En l'absence de ce signe mais en cas de doute ou de symptômes plus tardifs, une prise de sang (sérologie) peut être demandée — mais le timing compte énormément. Selon Sciensano, la prise de sang n'est réellement fiable qu'à partir de 6 semaines après la morsure, le temps que l'organisme produise suffisamment d'anticorps détectables. Faite trop tôt, elle peut donner un résultat faussement négatif et rassurer à tort. Le mieux reste donc d'en parler avec votre médecin, qui évaluera le moment le plus pertinent selon votre situation.
Avant et pendant la balade : les bons réflexes
Quelques habitudes simples réduisent nettement le risque d'être mordu :
- Privilégiez les sentiers balisés et évitez de vous enfoncer dans les hautes herbes ou les fourrés
- Portez des vêtements couvrants et clairs : pantalon long (rentré dans les chaussettes), manches longues, chaussures fermées — les couleurs claires permettent aussi de repérer plus facilement une tique qui grimperait sur le tissu
- Évitez de vous asseoir directement sur l'herbe, le bois mort ou les souches
- Un répulsif adapté (à base de DEET, d'IR3535, d'icaridine ou de citriodiol) peut compléter ces mesures — n'hésitez pas à passer à la pharmacie pour qu'on vous aide à choisir le produit adapté à votre famille, y compris pour les enfants ou en cas de grossesse
Aucune méthode n'est efficace à 100 %, et c'est normal : l'étape suivante est tout aussi importante.
De retour à la maison : l'inspection qui change tout
C'est sans doute le geste le plus négligé, et pourtant le plus efficace. Les tiques peuvent se nicher partout sur le corps : sur la tête, derrière les oreilles, dans les plis de l'aine ou des aisselles, derrière les genoux. Une bonne inspection, idéalement sous la douche, permet de les repérer avant qu'elles ne s'accrochent durablement.
Pensez aussi à inspecter les vêtements et le sac à dos, et à les passer en machine à 60°C : les tiques peuvent y survivre plusieurs heures avant de remonter vers la peau.
J'ai trouvé une tique : comment bien la retirer
Si malgré tout une tique s'est accrochée, l'important est d'agir vite et calmement, avec le bon outil et le bon geste. La pince à tique (ou tire-tique), vendue en pharmacie, reste l'instrument le plus fiable : sa forme permet de saisir la tique au plus près de la peau et de la désengager sans l'écraser.
Voici les étapes à suivre :
- Glissez la pince à tique le plus près possible de la peau, en encadrant la tique sans pincer son abdomen
- Effectuez un mouvement de rotation-traction (un léger « dévissage »), plutôt qu'une simple traction droite : ce geste de vissage réduit la résistance des pièces buccales de la tique et limite le risque de laisser une partie de la tête sous la peau
- Continuez le mouvement sans à-coups, jusqu'au détachement complet
À éviter absolument : l'éther, l'alcool, le vernis à ongles ou toute autre substance appliquée sur la tique avant de la retirer. Ces méthodes, autrefois recommandées, peuvent au contraire pousser la tique à régurgiter le contenu de son estomac dans la plaie, augmentant le risque d'infection.
Après le retrait, désinfectez la zone et notez la date et l'endroit de la morsure — un détail qui semble anodin mais qui sera précieux si un symptôme apparaît plus tard. Et si une infime partie de la tique reste sous la peau malgré une bonne technique, pas de panique : l'organisme l'élimine généralement seul, sans qu'il faille tenter de l'extraire à tout prix.
Après le retrait : que surveiller ?
Pendant le mois qui suit, gardez un œil sur la zone de la morsure. Si une tache rouge en forme d'anneau apparaît et s'étend (érythème migrant), ou si des symptômes pseudo-grippaux surviennent (fièvre, fatigue, douleurs articulaires ou musculaires), consultez votre médecin sans attendre.
Petit conseil utile : Sciensano, l'institut belge de santé publique, propose l'outil TiquesNet (en ligne ou via une application) pour signaler une morsure. Cela aide à cartographier les zones à risque en Belgique — un geste citoyen qui ne prend que deux minutes.
Et nos animaux de compagnie ?
Vos chiens et chats qui vous accompagnent en forêt — ou simplement au jardin — sont tout aussi exposés, et parfois davantage du fait de leur pelage. Quelques points clés :
- Inspectez votre animal chaque jour pendant la haute saison (mars à octobre), en particulier autour des oreilles, du cou et entre les coussinets
- Les tiques se retirent chez l'animal selon la même technique que chez l'humain : pince à tique, mouvement de rotation-traction, sans écraser l'abdomen
- Il existe des traitements préventifs spécifiques aux animaux (pipettes, colliers, comprimés) — votre vétérinaire ou votre pharmacien pourra vous orienter selon l'espèce, l'âge et le poids de votre compagnon
- Une tique mal retirée ou laissée en place chez l'animal peut aussi transmettre des maladies, certaines différentes de celles touchant l'humain : la vigilance vaut donc autant pour eux que pour nous
En résumé
Les tiques font partie de la vie de nos belles forêts ardennaises, mais elles ne doivent jamais nous empêcher d'en profiter. Avec quelques gestes simples — vêtements adaptés, inspection au retour, retrait rapide et bien exécuté en cas de morsure — le risque devient parfaitement maîtrisable.
Une question, un doute sur un produit répulsif ou sur la bonne pince à tique ? L'équipe de la pharmacie est là pour vous conseiller, que ce soit pour vous, vos enfants ou vos animaux. Belles balades à tous !
Questions fréquentes sur les tiques
Comment retirer une tique sans pince à tique ?
Mieux vaut éviter d'improviser : sans pince à tique, le risque de mal extraire la tique (tête laissée sous la peau, écrasement de l'abdomen) augmente nettement. Si vous n'en avez pas sous la main, rendez-vous en pharmacie pour vous en procurer une — c'est un outil simple, peu coûteux et à garder chez soi toute la belle saison.
Combien de temps après une morsure faut-il s'inquiéter ?
Surveillez la zone pendant un mois. Un anneau rouge qui s'étend (érythème migrant) peut apparaître entre 3 et 30 jours après la morsure ; des symptômes pseudo-grippaux peuvent suivre. Dans les deux cas, consultez votre médecin.
Une prise de sang permet-elle de savoir tout de suite si on a la maladie de Lyme ?
Non. Selon Sciensano, la sérologie n'est fiable qu'à partir de 6 semaines après la morsure, le temps que l'organisme produise des anticorps détectables. Faite trop tôt, elle peut être faussement négative.
Les tiques touchent-elles aussi les chiens et les chats ?
Oui, et parfois plus facilement à cause de leur pelage. Une inspection quotidienne en haute saison et un traitement préventif adapté (sur conseil du vétérinaire ou du pharmacien) restent les meilleures protections.
Article rédigé par l'équipe de la Pharmacie Berg. Sources : Sciensano, Haute Autorité de Santé (HAS), MSD Manuals, Wikipédia.